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L'Été de tous les dangers

Une nouvelle ministre et déjà des déceptions !

Alors que son précédent mandat faisait espérer une connaissance des dossiers, de la réalité du terrain et de l’urgence à mettre en œuvre des actions visant à relancer l’attractivité des métiers soignants, stopper l’hémorragie des départs et améliorer les conditions de travail pour sécuriser l’exercice et les prises en charge des patients, les annonces de Brigitte BOURGUIGNON ne font que renforcer les inquiétudes à quelques semaines de la période estivale.

Comment peut-elle encore parler de concertation ? De mission flash pour analyser la situation ? Est-il possible qu’elle ne se rende pas compte de la situation dramatique du système de santé aujourd’hui en France ?

Le temps des concertations, des enquêtes, des audits ou des missions est révolu, quel que soit le nom qu’on leur donne !

La situation d’aujourd’hui est le résultat de plus de vingt ans d’inaction, de prétendue écoute des professionnels de santé sans que jamais ils n’aient vraiment été entendus !

Plus de vingt ans que ces derniers alertent sur la dégradation de la situation, qu’ils demandent à ce que soient anticipés le vieillissement de la population soignante et mis en œuvre des actions pour les deuxièmes parties de carrière : rien n’a été fait.

Des années et des années que le syndicat CNI revendique :

  • des revalorisations salariales à hauteur des compétences et responsabilités de chacun,
  • la revalorisation des indemnités de dimanche et jour férié,
  • la reconnaissance de la pénibilité professionnelle avec une bonification d’un an tous les cinq ans pour tous les professionnels de santé soumis à des horaires atypiques,
  • l’attribution de fonds permettant aux établissements de soins la mise en place d’effectifs proportionnels aux charges de travail, le remplacement de l’absentéisme ainsi que la gestion des postes aménagés,
  • la définition de ratios soignants/patients en adéquation avec la charge de travail par service.

Les discussions qui ont abouti aux accords du Ségur n’ont fait que confirmer les constats dénoncés.

Le stade de l’urgence est dépassé et ce, qu’il s’agisse de l’hôpital ou du réseau ville.

Le cercle vicieux dans lequel nous sommes englués semble insoluble : 

Il n’y a plus assez de médecins généralistes et les patients sont de plus en plus âgés, poly pathologiques, dépendants; le flux augmente aux urgences, il n’y a plus assez de lits dans les services hospitaliers, les temps d’attente aux urgences se majorent ; les lits supplémentaires deviennent la règle, les charges de travail dans les services ne cessent d’augmenter sans pour autant que les effectifs soient mis en adéquation. Alors, les conditions de travail continuent de se dégrader, entrainant une fuite des personnels et une augmentation de l’absentéisme, ceux-ci aggravant encore la charge de travail et l’épuisement des agents qui, à bout de résilience, craquent.

Et quelles sont les premières annonces de notre nouvelle ministre de la santé et de la prévention ?

Le doublement de la rémunération des heures supplémentaires sur la période estivale et la facilitation du cumul emploi retraite :  Jusque là rien de nouveau sur la planète soignante. Mais ces mesures déjà expérimentées et répétées depuis deux ans, séduiront-elles encore les soignants à bout de force, d’espoir et de motivation ?

Madame BOURGUIGNON nous parle de sommer les ARS, de « remobiliser les dispositifs territoriaux de gestion de crise» pour coordonner hôpitaux publics, cliniques privées et professionnels libéraux. À mots à peine cachés, elle nous annonce la réactivation des plans blancs… Rien de nouveau non plus ni de rassurant ! Cela agite plutôt le spectre des suppressions de congés pour des professionnels de santé déjà sur sollicités.

Elle annonce un dispositif exceptionnel pour que les élèves aides-soignants et les étudiants en soins infirmiers ayant achevé leur formation puissent commencer à exercer sans attendre la remise officielle de leur diplôme !

Grande trouvaille !

La ministre a-t-elle échangé avec ces futurs jeunes diplômés ?! La réalité, c’est que majoritairement, ceux-ci souhaitent prendre des vacances bien méritées avant de s’engager dans leurs vies professionnelles !

Au final, rien, nada, que chi, qui soit en mesure de rassurer sur les jours et mois à venir.

Les craintes d’épuisement des personnels, de retards de prises en charge voire de défaut de prise en soins se multiplient …

L’été 2022 s’annonce comme celui de tous les dangers, nous ne sommes plus au stade de la prévention et du colmatage, le niveau d’alerte rouge est dépassé. Il est impératif que le gouvernement enlève ses œillères, et agisse pour éviter la catastrophe : trop de vies sont en péril !

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